Le 4 juin dernier, Bernard Kaminski nous a présenté une conférence nous amenant à nous poser la question de savoir si Hannibal et ses troupes sont-ils passés dans notre contrée ?
Après avoir rapidement rappelé les expérimentations de passages d’éléphants, tant par le col du Mont-Cenis en 1959, que par le col Clapier en 1979, tous deux situés entre la Maurienne et la vallée de Suse, en Italie, le conférencier souhaite s’attarder plus longuement sur les travaux du dentiste de formation, mais également archéologue et protohistorien de renom, qu’était Aimé Bocquet (1929-2017). Principalement sur ceux consacrés à Hannibal chez les Allobroges, ouvrage exemplaire paru en 2009, qui a motivé ses travaux complémentaires. Puisque, pour l’essentiel de la campagne du chef punique, notamment le passage du massif alpin, il n’a pu que conforter l’hypothèse d’A. Bocquet.
Lors de l’évocation des motifs qui ont entraîné la deuxième guerre punique (218-201 av. J.-C.) entre Carthage et Rome, le conférencier insiste sur les relations étroites qui existaient préalablement au conflit, entre Carthage et certains peuples gaulois cisalpins qu’étaient les Boïens et Insubres, qui résidaient dans le nord de l’Italie actuelle, en conflit quasi permanent avec les Romains, au contraire des Taurini, gaulois de la contrée de Turin. Il précise également que quelques années plus tôt, en 225 av. J.-C., les Allobroges avaient traversé les Alpes pour se joindre aux Gaulois cisalpins dans leur tentative commune avortée de descente des Apennins vers Rome. Pourtant, A. Bocquet, à ce stade, ne fait état que de simples échanges réciproques d’informations. Or, les faits historiques confirment que, dès le printemps 218 av. J.-C., on a bien deux théâtres d’opérations coordonnées simultanés entre les alliés gaulois et puniques contre les Romains et leurs alliés, tant dans la plaine padane (Pô) que vers Sagonte, en Espagne.
Après avoir évoqué le très vraisemblable lieu de passage du Rhône, sous la pression des troupes romaines de P.C. Scipion, débarquées à l’embouchure du fleuve, entre Sauveterre et Châteauneuf (futur du Pape), là où le moindre débit du Rhône en aval du verrou de Roquemaure, a, de tous temps, créé des lônes et brotteaux, le conférencier va ensuite s’attacher à étudier les textes des deux principaux historiens narrateurs de l’épopée : Polybe (v. 200-118 av. J.-C.) et Tite-Live, beaucoup plus tardif, et moins crédible (v. 60 av. J.-C. / 17 ap. J.-C.). En effet, ce dernier auteur, sans jamais la nommer (?) privilégiait le passage des troupes d’Hannibal par la Voie Hérakléenne passant les Alpes au col du Montgenèvre. Ce qui, à l’évidence, au regard du lieu de franchissement du fleuve (une quarantaine de kilomètres en amont du passage du fleuve par la Voie Hérakléenne, entre Beaucaire et Tarascon) et de la pression des troupes romaines en rive gauche, se révélait alors impossible sans prendre de trop grands risques en début de campagne. Ce qui exclut ensuite tout éventuel passage, tant par le Montgenèvre, que par les autres cols de Larche, Agnel, Traversette et Malaure.
Seules donc les voies de franchissement septentrionales des Alpes se révélaient possibles dans ces conditions, notamment donc celle du Petit-Saint-Bernard et celle du Mont-Cenis. Le conférencier rappelle alors les écrits de Polybe, qui, soixante ans après Hannibal, a suivi l’itinéraire des troupes puniques – alors encore présent dans la mémoire populaire - qui précisait deux éléments incontournables : en premier, le passage chez les Allobroges (que Tite-Live n’évoque jamais !) et en second, le transit, à la suite des Allobroges, chez les Insubres avant de se diriger vers le territoire des Taurini pour les soumettre après un siège de courte durée.
Ne reste alors comme seule hypothèse crédible que le passage par le Petit-Saint-Bernard, vieille voie plurimillénaire qui reliait alors directement (cf. ci-dessus) les alliés Allobroges, Insubres et Boïens, empruntant la Tarentaise, où se déroula l’embuscade des Ceutrons dans l’Étroit de Saix, et le passage du col de l’Épine, où les Allobroges de montagne tentèrent de s’opposer au passage des troupes puniques conduites par les Allobroges de plaine. L’hypothèse du conférencier se différenciant de celle d’A. Bocquet qui lui avait préféré le col de Couz, pourtant infranchissable aux éléphants d’Hannibal dans le Grand Goulet surplombant Saint-Christophe-la-Grotte.
Vidéos à visionner sur Hannibal
Les guerres puniques : https://www.youtube.com/watch?v=gLhjW8SzN78
1/3 : https://www.youtube.com/watch?v=N9Fjc3FxfTo

