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Une conférence publique organisée par les associations « Les amis du Prieuré et du Patrimoine et « Connaissance du canton de La Motte-Servolex » soutenue par la ville du Bourget du -Lac s’est tenue ce lundi 19 janvier à l’espace la Traverse

Alexia Lattard, responsable scientifique archéoanthropologue de l’INRAP a animé la soirée en présentant les résultats à un large public local, soucieux de comprendre l’histoire de ce site emblématique du Val du Bourget, en bordure de la Leysse et à proximité du lac. Environ 200 personnes étaient présentes et marquaient leur intérêt aux résultats des fouilles.

Au Domaine de Buttet, dans les jardins de la maison forte d’Entremont au Bourget-du-Lac, une fouille préventive réalisée entre fin 2024 et printemps 2025, en amont d’un projet immobilier, a mis au jour une occupation humaine continue de l’Antiquité à l’époque contemporaine, avec une concentration des vestiges autour du point haut du terrain, la maison forte.

Les indices les plus anciens se limitent à une lame de silex du Néolithique moyen, en position résiduelle, signalant des communautés agropastorales mais sans véritable occupation structurée avant l’Antiquité. La première installation clairement attestée est un petit bâtiment sur poteaux d’environ 25 m², daté par radiocarbone de la fin du Ier siècle av. J.-C. au début du Ier siècle ap. J.-C., doté en son centre d’une fosse-foyère. Il est remplacé à l’époque du Haut-Empire par un vaste bâtiment maçonné quadrangulaire d’environ 191 m², dont seules les fondations sont conservées et dont la partie sud dépasse l’emprise de fouille ; ses dimensions et son implantation en zone inondable suggèrent plutôt une fonction agricole ou artisanale que résidentielle.

Autour de cet édifice, plusieurs foyers attestent de petites activités artisanales, complétées par un grand four à chaux exceptionnellement bien conservé, daté des IIIe–IVe siècles. Ce four se présente comme une fosse circulaire de 3,50 m de diamètre et 2,20 m de profondeur, équipée d’une banquette périphérique et d’une rampe d’accès menant à la gueule du foyer, utilisée pour la calcination de la roche calcaire. Des drains et remblais successifs, mis en place dès l’Antiquité, témoignent d’un soin particulier apporté à la gestion de l’eau dans cette zone de plaine alluviale, tandis que tessons céramiques, monnaies et instrumentum lié à la pêche (hameçon, plombs) montrent une exploitation précoce du milieu lacustre.

Du Ier au IIIe siècle ap. J.-C., un premier pôle funéraire se manifeste par des sépultures secondaires à crémation dispersées dans le territoire rural, configuration typique des ensembles funéraires périphériques d’agglomération. À partir du IVe siècle, la partie sommitale près de la maison forte se transforme en nécropole structurée, regroupant environ soixante tombes à inhumation primaires individuelles, avec une occupation principale située entre la seconde moitié du IVe et la première moitié du VIe siècle. L’implantation des tombes en rangées et leur densité croissante à proximité du bâti suggèrent une organisation communautaire, tandis que la déclivité vers l’est marque probablement la limite de la zone funéraire.

Les défunts, adultes des deux sexes et enfants, reposent sur le dos, tête orientée à l’ouest, au nord ou au sud, dans des coffrages de tuiles de remploi ou des structures composites de galets et moellons destinés à caler des planches de bois disparues. Certains sont accompagnés de parures (bracelets en alliage cuivreux à tête de serpent, perles de verre ou d’ambre), de monnaies et de céramiques, dont une partie proviendrait de l’atelier de Portout, ainsi que d’une remarquable boucle de ceinture en bronze gravée. Des gestes funéraires sont perceptibles, en particulier des bris intentionnels de cruches, gobelets et plats au moment de la mise en terre ; les analyses biologiques et parasitologiques en cours doivent affiner la compréhension du mode de vie et de la structuration sociale de cette communauté d’Antiquité tardive.

Pour le Moyen Âge, les vestiges apparaissent plus ténus : quelques murs très arasés, des zones densément empierrées d’interprétation incertaine et une tombe isolée d’un jeune individu datée des VIIIe–IXe siècles suggèrent une occupation rurale en lien avec le prieuré clunisien voisin. L’édification de la maison forte, au XIVe siècle, est timidement documentée par deux murs probablement parcellaires et un niveau de déchets de taille de mollasse verte, auquel s’ajoute un chemin de gravier se dirigeant vers le bâtiment, dans les niveaux duquel ont été trouvés un fer de mulet et un écu d’or de Jean II le Bon (1350–1364), premier indice d’une présence aristocratique. L’époque moderne laisse la trace de sols pavés de galets et de blocs sculptés, tandis que la période contemporaine se traduit par des aménagements de la maison forte (grand perron à double volée début XXe siècle), des réseaux d’assainissement et les vestiges démolis d’une maison de pêcheur, ainsi que des dépotoirs domestiques soutenant les sols actuels et livrant une abondante vaisselle.

L’ensemble de ces observations fait du Domaine de Buttet un observatoire privilégié, où se lisent la relation au lac et à la Leysse, l’économie agropastorale et artisanale, les pratiques funéraires d’une communauté rurale antique et l’émergence progressive d’un pôle aristocratique autour de la maison forte, jusqu’aux réaménagements contemporains.

Une réalisation WATOOWEB

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