Jean-Olivier Viout, vice-président de l’Académie de Savoie et procureur général honoraire, qui a participé au procès de Klaus Barbie en 1987, était l’invité de l’association « Connaissance du canton » pour présenter sa conférence. Le thème proposé, « 1943-1944. Chambéry sous le joug de la Gestapo » a rencontré un très vif succès, la salle Saint-Jean affichant complet avec 210 participants. C'est au prétexte du débarquement des Alliés en Afrique du Nord (Opération TORCH du 8 novembre 1942) que l'armée allemande franchit la ligne de démarcation le 11 novembre 1942. Jusqu'alors, la Savoie faisait partie de la zone libre, avec une grande partie du centre et du sud-est de la France.

La conférence a mis en lumière l’implantation progressive de la police politique nazie dans la région de Chambéry, son organisation, ses méthodes et les conséquences de son action sur la Résistance locale et la population civile.

Après l'invasion de la zone sud en novembre 1942, la Savoie est d'abord sous occupation italienne (11 novembre 1942 et le 9 septembre 1943) puis allemande à partir de septembre 1943. C'est à ce moment que la Gestapo s'installe véritablement à Chambéry. Elle dépend de la Gestapo de Lyon, dirigée par Klaus Barbie, et collabore étroitement avec les services allemands et la Milice française. À Chambéry, le principal responsable de la Gestapo est l’officier allemand Ludwig Heinson, assisté d’agents allemands et d’auxiliaires français.

Et c’est là que commencent les répressions : interrogatoires, fichiers, réseau d’informateurs, surveillance du courrier et infiltrations. La Gestapo s’attaque en priorité aux réseaux de résistance, aux maquis en formation dans les massifs savoyards, ainsi qu’aux réfractaires au STO et aux Juifs. Les arrestations se multiplient en 1943 et 1944. Les suspects sont détenus et interrogés dans des conditions souvent brutales à la villa Ménager, notamment, avant d'être transférés vers Lyon, puis vers des camps de concentration ou des lieux d'exécution. Les méthodes employées sont fondées sur la terreur : perquisitions, filatures, tortures lors des interrogatoires, pressions sur les familles. Il faut ajouter également le rôle des dénonciations, parfois motivées par la peur, l'idéologie ou des intérêts personnels. La collaboration locale facilite l'action de la Gestapo, même si une partie de la population soutient activement ou discrètement la Résistance.

Plusieurs affaires emblématiques sont évoquées :

  • L’exécution d’Ernest Grangeat qui fut accompagné à sa dernière demeure par 2 000 Chambériens qui eurent le courage d'assister aux funérailles.
  • Les 14 cheminots du dépôt SNCF de Chambéry qui furent internés au terrible camp de concentration de Mauthausen et sa sinistre carrière, dont 7 n’en reviendront pas.
  • L’arrestation en février 1944 de six membres du bureau de l’OSE à l’hôtel de Morand, rue Basse du Château par Aloïs Brunner. Ils seront déportés à Auschwitz pour n’en pas revenir.
  • L’histoire de deux jeunes adolescents patriotes de  l'école professionnelle, rue Saint-François, René Jébelin et Aimé Constantin qui intégrèrent l’Armée Secrète, furent arrêtés pour leur participation à la résistance et envoyés dans des camps allemands. Ils ne rentrèrent jamais à Chambéry.
  • L’arrestation en mai 1944 de Georges Oreel, chef de l’important réseau Coty et de ses 8 membres dont Paulette Besson. Ils n’y eut bien sûr aucun survivant.
  • Et puis l’exécution arbitraire au  centre de tir des Charmettes le 21 août 1944 ; la libération de la Savoie est proche, Heinson s’enfuit vers l’Italie et avant cela il fait appeler 18 détenus juifs qui sont dans les cellules de Curial et les fait exécuter au Charmettes. Un seul, par miracle, survivra.

Dans les inventaires de Drancy, la liste des juifs de Savoie envoyés dans ce camp pour la direction finale d'Auschwitz est au minimum de 431 personnes.

Cette énumération fragmentaire ne représente qu’une infime partie des démantèlement de réseaux, arrestations massives de résistants, exécutions sommaires et déportations. Les maquis savoyards, notamment dans les Bauges et la Maurienne, subissent de violentes répressions, surtout au printemps et en été 1944, à l'approche du débarquement. Ces opérations visent à empêcher toute insurrection coordonnée avec les Alliés.

La Gestapo agit dans un contexte de guerre totale et de radicalisation. À mesure que l’Allemagne recule sur les fronts, la répression s’intensifie. Les arrestations deviennent plus arbitraires et les violences, plus systématiques. Malgré ces moyens, la Résistance savoyarde continue toutefois de se structurer et participe à la libération du département en août 1944.

À la Libération, certains collaborateurs sont arrêtés et jugés. Les responsables allemands, pour la plupart, échappent d'abord à la justice ou sont jugés plus tard. Le travail de mémoire et les recherches historiques permettent progressivement de reconstituer les faits, d'identifier les victimes et de comprendre les mécanismes de la répression.

Il met en évidence la logique d'un système répressif fondé sur le renseignement, la peur et la violence, ainsi que la capacité de résistance d'une partie de la société savoyarde face à l'occupation et à la barbarie nazie.

ÇA S'EST PASSÉ EN...