La sorcière

Notre groupe, composée d’une vingtaine de personnes, s’est rendu par ce bel après-midi du 24 avril sur place par covoiturage. Dès le départ, une bonne ambiance y régnait. C’était la première sortie de l’année 2026.

Les grottes de Saint-Christophe, également appelées grottes des Échelles, se situent à Saint-Christophe-la-Grotte, près de Les Échelles en Savoie, dans la vallée de Chartreuse. Ce site historique et naturel exceptionnel combine géologie, préhistoire et patrimoine ancien.

Visitées depuis 1886, elles attirent nombre de groupes et de familles pour des visites guidées. Au début, venaient en calèche pour la journée, des curistes d’Aix-les-Bains. Ce n’était pas dans un but de distraction et de découverte comme aujourd’hui, mais plutôt une sorte d’expéditions à sensations, une sortie pour se faire peur. Car en effet, entrer dans un lieu sombre, « dans les l’entrailles de la terre » à la lumière des bougies tremblotantes excitait les esprits. C’était une façon de se prendre un petit moment de frayeur, une montée d’adrénaline.

Ces deux grottes distinctes creusées par l'eau sur environ 7 millions d'années dans la roche calcaire, comprennent une grotte supérieure active dite « humide » qui après 200 mètres de parcours se termine en cul-de-sac par une grande salle. Là, on découvre avec surprise la « sorcière du lieu » et tout une diversité de concrétions propres aux grottes : marmites, stalactites, draperies, méduses.

Tout au long du parcours des ruissellements d’eau nous accompagnent mais sans gêner la visite. On y rencontre des petites flaques d’eau d’une couleur limpide et bleue. Cette grotte est borgne, on y entre et sort par la même porte. Bien sûr, elle continue, mais ces secteurs ne sont pas ouverts au public car non aménagés pour les visites et réservés seulement aux spéléologues chevronnés. Sur les 200 mètres, le sol est aménagé par un chemin bétonné et par des escaliers qui permettent à tout un chacun de pouvoir évoluer dans cette faille creusée par les eaux dans la roche calcaire.

Même s’il faut se baisser en début de parcours sur une dizaine de mètres, car la hauteur est un peu basse, la marche reste aisée. Les murs et le sol sont équipées d’éclairage qui permettent de mettre en valeur la faille et les couleurs de roches. Il y fait toujours une température stable, d’environ 9°C, hiver comme été, quelle que soit la température extérieure. La visite dans cette première grotte est assez spectaculaire, offrant un décor souterrain féerique sculpté par les glaciations successives et vaut le déplacement pour ceux qui n’ont jamais visité ce lieu. C’est là que nous avons rencontré la fameuse sorcière.

Une fois ressortis de cette première grotte, nous rejoignons la seconde située quelques 100 mètres plus bas en empruntant la voie sarde d’Emmanuel II.

La grotte inférieure traversante est dite « sèche », car ayant une entrée et une sortie, l’air y circule et donc ventile l’ensemble du parcours. Sa température intérieure évolue au gré des saisons et suit sensiblement celle de l’extérieur. C’est pour cette raison qu’on la dit sèche ». Il n’y a quasiment aucun ruissellement sur les parois. On y accède et on y sort par des escaliers métalliques et le parcours intérieur se fait bien souvent en aérien, sur des passerelles. Au début, nous traversons « la salle de bal de Mandrin », peut-être une légende ou pas. Les recherches engagées furent infructueuses….

La sortie est plutôt aérienne car nous sommes perchés en altitude sur des structures métalliques. Nous surplombons avec une vue imprenable, le village de St-Christophe qui est en contrebas.

Après avoir descendu un escalier métallique en colimaçon, nous rejoignons la voie sarde qui servait de passage ancestral : voie romaine de Lyon à Turin, puis route royale aménagée par les ducs de Savoie au XVIIe siècle.

Le monument

Et nous découvrons le monument très imposant, haut d'environ 12 mètres, qui honore le duc de Savoie, Charles Emmanuel II (1638-1675) qui initia les travaux d'aménagement de la voie sarde au XVIIe siècle. Érigé en 1674 à l'entrée du défilé, il marque l'importance stratégique de cette ancienne voie romaine.

Le monument, conçu par l'architecte Borgonio, célèbre ces travaux et illustre le prestige des ducs de Savoie, rois de Piémont-Sardaigne.

Une inscription originale figure sur le fronton du monument dédié à Charles-Emmanuel II, gravée en latin par l'abbé Tésauro en 1674-1676 à Saint-Christophe-la-Grotte :

Bien que le texte original  soit partiellement mutilé depuis la Révolution française, sa traduction française exacte est la suivante : « Charles Emmanuel II, duc de Savoie, prince de Piémont, roi de Chypre, après avoir assuré la félicité publique, s'être occupé de l'avantage de tous, renversant ici les barrières opposées par des rochers escarpés et menaçants, aplanissant les inégalités des montagnes, comblant les précipices sous les pieds des voyageurs, a ouvert cette voie royale, plus courte, plus sûre, fermée par la nature, vainement entreprise par les Romains, abandonnée après eux et maintenant offrant à jamais un libre accès au commerce des peuples. »

Suite à la Révolution, il fut restauré en 1803 sous Bonaparte (an XI de la République), un ajout temporaire indiquait : « Ce monument, justement consacré à la mémoire d'un excellent prince, duc de Savoie, a été restauré sous les auspices de Bonaparte, premier consul des Français », mais cette plaque disparut vers 1815.
Aujourd’hui, seule l'inscription latine originelle subsiste.

La voie sarde

La Voie Sarde est un défilé naturel encaissé, creusé par l'érosion glaciaire dans la roche calcaire entre deux falaises de la montagne de l'Épine, à Saint-Christophe-la-Grotte en Savoie. Long d'environ un kilomètre et appelé aussi « Défilé des Échelles », elle reliait historiquement Lyon à Turin comme axe commercial et stratégique.

Formée il y a des millions d'années par des torrents glaciaires, elle fut d'abord une piste romaine antique, puis délaissée au Moyen Âge.

Au XVIIe siècle, Charles-Emmanuel II, duc de Savoie (et futur roi de Piémont-Sardaigne), la transforma en route royale carrossable avec des travaux majeurs : élargissement, rampe descendante spectaculaire vers la plaine des Échelles, et canal d'évacuation des eaux de la grotte supérieure sur 300 m.

Ce passage étroit, aux parois sculptées par l'eau, fut qualifié de « Sarde » en référence au royaume de Sardaigne des ducs de Savoie.

Parcourue par Jean-Jacques Rousseau ou Pie VII en 1805, elle servit de poste de douane jusqu'en 1860. En 1804, Napoléon la jugea trop périlleuse et fit percer l’actuel tunnel routier des Échelles.

Le long de cette voie, un canal subsiste. Il s’agit d’un aménagement hydraulique majeur réalisé au XVIIe siècle pour drainer les eaux de la grotte supérieure et éviter l'inondation du passage en cas de fortes pluies. Long d'environ 300 mètres, il suit le défilé encaissé et débouche sur une cascade visible lors des balades pédestres.

Les travaux débutèrent en 1649 sous Christine de France, régente du duché de Savoie, pour consolider le mur du canal existant et sécuriser la voie romaine préexistante. Son fils, Charles-Emmanuel II, lança une rénovation complète vers 1667-1670 par des architectes sardes : élargissement du canal, pavage au sol avec galets, et intégration à la rampe sarde descendante vers la plaine des Échelles, transformant le site en route royale carrossable.

Ce canal, taillé dans la roche calcaire aux parois abruptes, illustre l'ingénierie savoyarde face aux torrents glaciaires ancestraux qui avaient creusé le défilé.

Notre visite qui commença à 15h15 et se termina à 17h30. Tout le monde fut vraiment enchanté de cette première sortie.

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